Lucy Ralph considers the human body as a “universal architect,” building, innovating, and dreaming in the face of external and uncontrollable forces of nature. Through her sculptural approach to painting, she empathises with the poet Joan Murray, who imagined her work as “recreating what is desolate, to rebuild.” Lucy Ralph reflects upon the body's shifting states of deconstruction and reparation, and the connection or separation we may feel towards our bodies and our surroundings. Through her work which is influenced by health, personal experience and poetry, she deliberates on our coexistence with nature in a universal, yet discrete way - we all have our own 'being'. She contemplates what it means to be small in relation to the immensity of what nature holds. Her work is a pursuit to uncover the possibility in finding a certain comfort in such smallness. Ralph's harsh manipulation of oil paint contrasts with her soothing palette. In all her gestures, ambivalence prevails: virulence and aggressiveness rub shoulders with delicacy and care. But her painting is not the sole expression of the vulnerability of a body that proves to be unreliable; she also makes us see the body as genuine armour.
Text by Camille Paulhan
Lucy Ralph se sent certainement toujours un peu à côté des choses : a ceux qui voudraient la ranger définitivement dans le registre pictural, elle rétorque que son geste est plus performatif et sculptural qu’ils ne le croient. Aux esprits classificateurs qui la voient avant tout comme une peintre abstraite, elle répond qu’elle n’a de cesse de représenter le corps, sous toutes ses coutures. La ou certains perçoivent de la violence, elle objecte qu'elle est en quête de réparation. Et si on souhaite d’abord se concentrer sur les couleurs paisibles qu’elle utilises, les rose poudré, les bleu tendre, les jaunes tentés de gris, mieux vaut ne pas se laisser berner : sous la couche picturale, les différentes strates transparaissent comme les expériences que Lucy Ralph a vécu sans vouloir les éradiquer. Elle travaille la peinture à l'huile dans toute sa sécheresse ou toute son onctuosité, au pinceau, aux ongles ou au tournevis, parfois en la brodant. Elle gratte, efface, frotte et brosse, dissimule entre plusieurs couches des fragments de poèmes. Dans tous ses gestes, l’ambivalence prévaut : la virulence et l’agressivité côtoient la délicatesse et le soin. Lucy Ralph sonnait l’univers hospitalier de près, la sensation d'émiettement du corps comme le besoin de s’abandonner à la responsabilité d’autrui, ressentis après diverses opérations et interventions médicales. Mais sa peinture n’est pas l'expression de la seule vulnérabilité d’un corps qui se révèle défaillant ; loin des discours bavards, il fait aussi la voir comme une véritable armure.